Le calcul de l’ARE repose sur une mécanique en trois étapes, mais la difficulté réelle se situe dans la détermination du salaire journalier de référence (SJR) lorsque le parcours professionnel comporte des interruptions ou des baisses de rémunération. Nous détaillons ici la méthode officielle appliquée par France Travail, en insistant sur les points techniques que la plupart des guides omettent.
Reconstitution des rémunérations : le paramètre que le calcul de l’ARE masque
Avant même de calculer le salaire de référence, France Travail procède à une reconstitution de certaines périodes de baisse de rémunération. Ce mécanisme concerne les arrêts maladie, les congés maternité, l’activité partielle et le mi-temps thérapeutique.
Concrètement, les rémunérations perçues durant ces périodes sont remplacées par un montant reconstitué sur la base du salaire que l’allocataire aurait perçu en activité normale. Sans cette reconstitution, le SJR serait mécaniquement tiré vers le bas, ce qui pénaliserait les demandeurs d’emploi ayant traversé un aléa de santé ou une période de chômage partiel.
Nous observons que cette étape est fréquemment ignorée par les allocataires eux-mêmes, qui découvrent un montant d’ARE inférieur à leurs attentes sans comprendre que la reconstitution n’a pas été correctement appliquée. Vérifier l’attestation employeur sur ces périodes est une précaution nécessaire avant toute contestation.

Salaire de référence et SJR : la formule officielle de France Travail
Le salaire de référence correspond au total des rémunérations brutes perçues au cours de la période de référence. Cette période couvre les 24 derniers mois précédant le dernier jour travaillé et payé. Pour les demandeurs d’emploi de 55 ans et plus, elle s’étend à 36 mois.
Ce qui entre dans le salaire de référence
- Les salaires bruts, primes (y compris le 13e mois), gratifications et avantages en nature liés aux contrats de travail compris dans la période de référence, peu importe la date de versement effective
- Les rémunérations reconstituées pour les périodes d’arrêt maladie, congé maternité, activité partielle ou mi-temps thérapeutique
- Les heures supplémentaires et complémentaires intégrées au brut
Ce qui est exclu
- Les indemnités de rupture du contrat de travail (indemnité de licenciement, indemnité compensatrice de préavis dans certains cas)
- Les remboursements de frais professionnels
Le SJR est obtenu en divisant le salaire de référence par le nombre total de jours calendaires de la période de référence, jours travaillés et jours d’inactivité confondus. C’est ce diviseur élargi, introduit depuis octobre 2021, qui pénalise les parcours fragmentés avec de longues périodes d’inactivité entre deux contrats.
Calcul du montant journalier de l’ARE : deux formules, un plancher, un plafond
France Travail applique deux formules et retient la plus favorable à l’allocataire :
Première formule : 40,4 % du SJR + une part fixe de 13,18 € par jour.
Seconde formule : 57 % du SJR.
Le montant retenu ne peut pas descendre sous le plancher journalier de 32,13 € brut. Pour les salaires modestes, c’est la première formule qui domine. Au-delà d’un certain niveau de rémunération, la seconde prend le relais.
Dégressivité pour les hauts revenus
L’ARE est dégressive pour les allocataires dont le salaire de référence dépasse un seuil défini par la convention d’assurance chômage. Après une période initiale d’indemnisation à taux plein, le montant journalier est réduit. Cette dégressivité ne s’applique pas aux demandeurs d’emploi de 55 ans et plus.

Parcours fragmenté : comment les jours d’inactivité modifient le calcul de l’ARE
Le changement majeur introduit par la réforme de 2021 reste le mode de calcul du diviseur du SJR. Avant cette réforme, seuls les jours travaillés comptaient au dénominateur. Depuis, tous les jours calendaires de la période de référence sont intégrés, y compris les périodes sans contrat.
Un demandeur d’emploi qui a travaillé 12 mois sur les 24 derniers mois aura un SJR nettement plus bas qu’un salarié en CDI continu ayant perçu le même salaire mensuel. Le diviseur calendaire pénalise directement les contrats courts et les intermittences.
Prenons un cas concret : deux allocataires avec un salaire de référence identique, mais l’un a travaillé sans interruption et l’autre a alterné CDD et périodes d’inactivité. Le second voit son SJR divisé par un nombre de jours calendaires bien supérieur au nombre de jours effectivement travaillés. Son allocation journalière sera donc inférieure, parfois de manière significative.
Le plafonnement lié à la rupture conventionnelle individuelle
Pour les droits ouverts à la suite d’une rupture conventionnelle individuelle à compter du 1er septembre 2026, France Travail applique un plafonnement spécifique de la durée maximale d’indemnisation. Ce point réglementaire récent modifie l’arbitrage financier entre rupture conventionnelle et licenciement pour les salariés qui négocient leur départ.
Vérifier et contester le calcul de son ARE
La notification d’ouverture de droits envoyée par France Travail détaille le salaire de référence retenu, le nombre de jours du diviseur, le SJR obtenu et le montant journalier brut. Nous recommandons de vérifier trois points en priorité : l’exactitude des rémunérations déclarées par l’employeur, la prise en compte des primes versées après la fin du contrat mais rattachées à la période de référence, et la reconstitution correcte des périodes d’arrêt maladie ou d’activité partielle.
Toute erreur sur l’attestation employeur se répercute directement sur le SJR. Une prime de 13e mois omise ou un mois d’activité partielle non reconstitué peut réduire l’allocation de plusieurs euros par jour, soit plusieurs centaines d’euros sur la durée totale d’indemnisation.
Le recours se fait d’abord auprès de France Travail par réclamation écrite, puis devant le médiateur régional. Les délais de contestation courent à compter de la notification, ce qui impose une vérification rapide dès réception du courrier d’ouverture de droits.

